Annulation des fouilles 2020 et bilan 2019

Archéologie

Pour des raisons liées à la pandémie qui touche actuellement le monde, la campagne 2020 des fouilles archéologiques programmées des Crassées a dû être annulée. Cette période sera mise à profit pour approfondir les connaissances sur les découvertes des années passées.

Les nombreuses incertitudes liées à la situation sanitaire nationale ont malheureusement contraint la Ville de Saint-Dizier et l’INRAP à annuler les fouilles archéologiques sur le site des Crassées cette année. En effet, outre les difficultés rencontrées pour l’hébergement et la restauration des fouilleurs, les protocoles sanitaires auraient également nécessité de constituer une équipe beaucoup plus réduite. Dans un tel contexte, il a été décidé d’annuler l’activité sur le terrain et de se concentrer sur la phase d’étude.  

Les travaux et études mis en place en remplacement des fouilles vont permettre d'approfondir la connaissance des découvertes réalisées lors des campagnes précédentes. Ces travaux permettront d'améliorer la datation du site, d'en approfondir les connaissances (activités économiques des anciens habitants par exemple) et de valoriser les objets découverts. Cela préparera par ailleurs l'intégration de ces découvertes au sein des collections du musée. Ainsi, une étude du matériel archéozoologique (restes d’animaux) permettra d’avoir des indications sur l’alimentation et l’élevage de l’époque. Une étude numismatique permettra, grâce à la quarantaine de monnaies découvertes depuis 2016, de préciser la datation du site. Une identification et un dessin archéologique du matériel remarquable, notamment du mobilier métallique seront réalisés. Une restauration et une stabilisation du mobilier découvert l’an passé, une datation au Carbone 14, une étude anthropologique et la mise en place d’un système d’information géographique de l’ensemble sont également programmés.

Dans le même temps, un diagramme stratigraphique sur le bâtiment de la villa sera réalisé.

 

#Archeorama : 11e édition des Journées européennes de l’archéologie, les 19, 20 et 21 juin 2020 

Les Journées Européennes de l’Archéologie sont elles aussi annulées sous leur forme habituelle mais l’archéologie sera toutefois mise à l’honneur du 19 au 21 juin, grâce à l’organisation de l’événement #Archéorama, coordonné par l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap), sous l’égide du ministère de la Culture.   

La traditionnelle porte-ouverte de la fouille des Crassées organisée à Saint-Dizier chaque année à cette occasion sera notamment remplacée par une présentation vidéo, en ligne, du bilan de la campagne 2019. Vous disposerez prochainement de précisions sur l’événement numérique proposé à Saint-Dizier dans le site internet de la manifestation journees-archeologie.fr et celui de la Ville de Saint-Dizier 

 

Principaux résultats des fouilles programmées 2019 du site des Crassées

La campagne de fouilles archéologiques de 2019 a duré sept semaines, de fin mai à mi-juillet dernier. Elle s’est consacrée aux mêmes secteurs que les années précédentes, c’est-à-dire aux deux aires de fouilles situées au sommet et au pied de la pente. Seul un sondage du diagnostic a été rouvert en bas de la pente afin d’avoir une idée rapide du prolongement nord du bâtiment balnéaire gallo-romain.

A cet endroit, la fouille des salles chauffées des bains s’est poursuivie. Les couches y sont nombreuses, épaisses et complexes, rendant le travail plus lent que sur un site archéologique rural habituel. Dans les cendres laissées dans les chaufferies, les objets y sont très nombreux. Ainsi, une quarantaine de monnaies ont été trouvées en trois ans. Aujourd’hui, l’aspect du bâtiment se précise. Il est construit avec des moellons taillés dans le calcaire de Savonnières., pierre locale. Le toit est également couvert de dalles de ce calcaire, et non de tuiles comme dans la plupart des régions de l’Empire romain. Cela devait donner un aspect très singulier vu de l’extérieur, de couleur blanche. A l’intérieur, les décorations murales les mieux connues sont celles de la galerie de façade qui donne accès aux bains. De nombreux fragments des peintures murales écroulées sont apparus lors des fouilles de 2019. Ils montrent que les plinthes sont mouchetées de rouge sur fond blanc, et que la partie haute est divisée en carrés cernés de bandes rouges. Il est possible que des motifs plus élaborés aient été présents au centre de chaque carré, mais aucun reste n’a encore été trouvé.

Dans l’aire de fouilles située au sommet de la pente, les efforts se sont concentrés dans une pièce gallo-romaine, profonde, dont la fonction à cette période est inconnue, et qui semble ensuite servir de tombeau à l’époque mérovingienne. Hélas, au XIVe siècle, les ouvriers qui ont démoli l’église qui le surplombait ont manifestement détecté les riches tombes qui s’y trouvaient, et les ont pillées... Il ne reste que quelques objets, fragmentés, mais dont la nature suffit à prouver que les tombes étaient là. Il s’agit probablement de défunts contemporains des chefs exhumées auparavant à La Tuilerie (en 2001-2002) et aux Crassées (en 2015). Au moins sept siècles d’occupation se succèdent donc dans cette pièce, ce qui en rend la fouille très complexe et encore inachevée.

Cette dernière campagne a également permis la fouille de 79 structures funéraires, à savoir 69 sépultures individuelles et 10 réductions. Pour l’année 2019, l’accent a été mis sur l’avancée de l’exploration du cimetière paroissiale au sud du décapage. Cet espace a livré 30 nouvelles sépultures avec son lot de surprise quant aux pratiques funéraires qui ne sont pas aussi homogènes et standardisées que l’on pourrait le croire. En effet, une nouvelle fois encore, des sépultures à l’orientation atypique (tête au nord) ont été observées. Elles se concentrent principalement dans la zone sud du décapage et pour l’instant aucune hypothèse n’a été trouvée pour expliquer ce phénomène. Par ailleurs, alors qu’il est admis qu’après le VIIIe siècle plus aucun mobilier d’accompagnement n’est déposé dans la tombe, des clés ont été retrouvées dans deux tombes datant du XIe siècle. Elles viennent s’ajouter à la clé découverte dans une autre tombe l’année dernière. Ce dépôt récurrent interroge sur notre connaissance des pratiques funéraires pour cette période.

Par ailleurs, nous pensions être proches de la fin de l’exploration de l’emprise de l’église, une équipe réduite avait donc investit cet espace. Il s’avère que cette zone était encore densément occupée et 10 nouvelles tombes ont été découvertes dont plusieurs de très jeunes enfants.

Enfin, les efforts des équipes se sont principalement concentrés autour de la pièce profonde gallo-romaine. Celle-ci a polarisé un nombre important d’inhumations. Ainsi ce ne sont pas moins de 14 nouvelles sépultures qui ont été fouillées dans cet espace très réduit. Parmi celles-ci, une nouvelle tombe renfermant du mobilier d’accompagnement a été dévoilée. Le mobilier retrouvé se compose d’une garniture de ceinture et d’un scramasaxe qui permettent de dater l’ensemble de la période mérovingienne. Une sépulture de cette période n’avait pas été découverte sur le site depuis 4 ans. De plus la situation de cette tombe, parmi les plus anciennes, contre le mur de la pièce profonde gallo-romaine conforte l’hypothèse que cet espace a joué un rôle prépondérant dans la structuration de la nécropole et par la suite du cimetière paroissial.  

[ Publié le : mercredi 3 juin 2020, à 16h03 ]

[ Dernière mise à jour : mercredi 3 juin 2020, à 16h38 ]

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